Une frenchie en Écosse

Assistant de langue : bilan après 5 mois

Il y a quelques mois, je postulais pour être assistante de langue et j’écrivais un article pour vous expliquer en quoi ça consistait. Quand j’ai postulé pour le CIEP, j’ai tout de suite fait toutes sortes de recherches sur Google pour en savoir le plus possible. Pour tout ce qui est administratif, j’avais des réponses à toutes mes questions. Pour ce qui est de l’expérience en elle-même, pas tant que ça. Je m’étais alors dit que j’écrirai sur mon expérience pour aider les futurs assistants à se faire une idée de ce qui les attend.

Cependant, je tiens vraiment à préciser : dans cet article, je ne parlerai que de mon cas et le cas de certains autres assistants que je connais. Je ne peux pas vous promettre que votre expérience sera exactement la même. Cela dépend de l’école où vous travaillez, du pays et de pleins d’autres choses.

  • Le salaire et la vie à Édimbourg.

Je suis payée environ 950 pounds par mois. Édimbourg est une capitale donc la vie y est assez chère. Si vous avez la possibilité de loger chez l’habitant, c’est la meilleure des solutions.

Premièrement, c’est la solution la moins chère. Deuxièmement, en général, vous arrivez en août et c’est le festival de musique du Fringe à Édimbourg. Donc autant vous dire qu’il n’y a pas beaucoup de logement de libres. Troisièmement, pas besoin de galèrer pendant des jours à trouver un logement et pas de visites à planifier. Personnellement, l’école m’a mise en contact avec une des professeurs de l’école chez qui je vis actuellement. Je suis en dehors de la ville, mais j’ai un bus qui m’emmène dans le centre en 30 minutes. Je sais que des assistants dans une autre ville d’Écosse sont logés par l’école même et ne payent pas de loyer du tout. Donc, encore une fois, ça dépend énormément de l’école où vous atterrissez.

En plus, vivre en colocation ou chez l’habitant, ça veut dire que vous n’êtes pas seul(e). Quand j’étais malade, j’étais bien contente qu’on me ramène des médicaments et qu’on me fasse des bons petits plats. De plus, si on tombe sur des gens gentils, ça peut permettre de créer des liens.

  • Meilleures solutions

Tentez quand même d’envoyer un mail à l’école une fois que vous avez votre poste. Ils peuvent vous donner des contacts ou au moins vous conseillez sur les quartiers intéressants et ceux à éviter (très important). Si votre loyer ne vous coûte pas trop cher, dites-vous que vous pouvez sortir plus, voyager plus et en profiter un maximum. Mon loyer me coûte actuellement un tiers de mon salaire. Je me débrouille très bien tous les mois, sans me priver de sortir, voir des pièces de théâtre, aller au cinéma, aller à la salle de sport, voyager. Donc c’est un choix à faire. Ça dépend de vos priorités et de ce que vous voulez.

Si vous souhaitez vraiment trouver une colocation ou autre par vous même, vous pouvez aller sur les sites : rightmove, gumtreeDans le centre d’Édimbourg, les prix sont assez élevés. De plus, les appartements sont souvent vieux et pas toujours bien isolés. Pour vous expliquer un peu, certains appartements n’ont pas de double vitrage. Ça coûte une blinde ici.

  • Temps libre et horaires de travail

Je travaille 11h ou 12h par semaine. Je crois que cela peut monter jusqu’à 18h maximum. Ça vous laisse donc du temps pour faire plein de choses. l’Écosse est un pays magnifique et vous n’avez pas besoin de partir loin pour voir de belles choses. Ça vous laisse aussi le temps de sortir et de rencontrer des gens. Vous avez le temps de bien préparer vos activités et chercher des documents intéressants. Il faut savoir que maintenant seules les écoles privées peuvent se permettre de payer un ou des assistants de langue à Édimbourg (je crois que c’est pareil à Glasgow). Je sais que certaines écoles ont des exigences assez importantes et la pression concernant les résultats n’est pas la même d’un établissement à un autre.

Concernant les vacances : j’ai eu 2 semaines en Octobre, un peu plus de 2 semaines à Noël, je vais en avoir 1 en Février, un peu plus de 2 semaines fin Mars début Avril et mon contrat se termine le 20 Mai normalement. Vous avez donc la possibilité de rentrez chez vous assez régulièrement, mais aussi la possibilité de visiter le pays et Édimbourg. Je bouge souvent avec d’autres assistants. Les frais sont divisés et c’est toujours plus amusant de voyager à plusieurs (et en plus, on bosse son anglais, c’est tout benef).

  • Comment ça se passe à l’école 

Le travail demandé et les relations entre collègues peuvent changer d’un établissement à un autre. Cependant, on ne vous demandera pas forcément la même chose que moi, mais en gros, ça ressemblera à ça.

  • Les professeurs

Là où je travaille, les collègues sont super sympas et m’aident énormément. Observer certains d’entre eux en cours m’a permis d’apprendre beaucoup de choses et à la moindre question, il y a toujours quelqu’un pour m’aider. Les relations avec l’équipe de professeurs est très importante je pense. Ils ont su me rassurer quand je m’inquiétais des conséquences du Brexit, ils m’ont conseillée quand j’ai postulé pour le PGDE (un article sur ça arrive bientôt, j’ai une interview lundi, j’ai hâte de vous en parler), et encore plein d’autres choses. Aussi, je conseille de contacter et parler avec les autres assistants de votre établissement (allemand, espagnol, chinois). Ils peuvent vous donner des idées d’activités. Vous pouvez sortir avec eux et ça rend les choses plus fun dans la salle des profs.

En parlant des autres assistants, je conseille très très fortement d’aller à la réunion de début d’année à Glasgow. On vous enverra un mail pour vous confirmer la date. Pendant cette journée, on vous explique votre rôle d’assistant et ce qui est attendu de vous. En gros, on vous prépare pour votre rentrée à l’école. Et surtout, ça permet de rencontrer du monde. Les groupes WhatsApp et Facebook se font très rapidement, assurez vous de donner votre numéro et votre nom. Ça permet de ne pas se sentir seul(e) et se faire des amis. J’ai rencontré des gens formidables à cette réunion. Je les vois toutes les semaines, j’ai fêté mon anniversaire avec eux, on a voyagé ensemble.

J’avais même déjà contacté des gens sur Facebook avec ces groupes si ça vous intéresse : Assistants de Français au Royaume-Uni et Français(e) à Édimbourg.

  • Le travail avec les élèves

Très souvent, les professeurs travaillent sur un thème en classe (famille, vacances, bonnes résolutions, etc) et on vous demande de créer une activité sur ça. Cela peut être un jeu avec des cartes, un jeu de l’oie, un jeu de mémorisation, des exercices de prononciation ou des « matching games ». On peut aussi demander aux assistants d’aider les élèves à se préparer pour leur examen oral. Personnellement, je suis quand même assez libre de faire ce que je veux. On demande donc aux assistants d’être créatifs et aussi de s’appuyer sur ce qu’ils connaissent de leur pays pour rendre la chose plus authentique.

Un exemple tout bête : les élèves travaillent sur le passé composé en français. Il y a les verbes qui se conjuguent avec l’auxiliaire avoir et ceux qui se conjuguent avec l’auxiliaire être (vous entendrez sûrement parler de Mrs Van Der Tramp). Le jeu est simple : le premier élève commence en disant « ce week-end, je suis allé au marché ». Le suivant doit répéter cette phrase et en ajouter une autre. Exemple, « je suis allé au marché et j’ai acheté une pomme », et ainsi de suite. Ça fait travailler leur mémoire, ça les oblige à être concentré et surtout ils doivent faire attention à employer le bon auxiliaire. Si ce n’est pas le cas, l’élève est éliminé. Ce genre de jeu marche très bien avec les garçons qui adorent la compétition. Rien de très compliqué et ça ne prend pas trois heures de préparation.

  • Comment ça marche ?

J’ai souvent des groupes de 4/5/6 élèves. Sauf avec les S6 (équivalent de Terminale) avec qui je travaille en groupe de 2 ou même en « one to one » parfois. On a une salle à chaque étage dédiée aux assistants. Il y a des chaises, des tables et un tableau. Il faut être bien organisé parce que nous n’avons que 10/12 minutes par groupe en général. Ça va vite et il faut que les élèves parlent le plus possible. Sans oublier de corriger la prononciation et il faut aussi qu’ils retiennent un maximum de vocabulaire nouveau. 

Je travaille avec des garçons de 12 ans à 18 ans environ. Cela veut dire de la S1 (sixième) à S6 (Terminale). Le fonctionnement en Écosse est légèrement différent, mais on s’habitue vite. Il n’y a pas de collège au Royaume-Uni. À partir de 12 ans, on rentre directement au lycée (highschool). D’autres assistants s’occupent aussi du Junior Club, c’est à dire la primaire.

Les assistants ont un rôle plutôt sympa. Les élèves adorent venir bosser avec vous (en général). Grâce à vous, ils s’échappent du cours pendant un petit moment et on ne fait pas d’exercice de grammaire barbant. Je pense vraiment que notre rôle est important. Soyez motivants et surtout ne les jugez pas. Certains sont timides et ont peur de faire des erreurs. Montrez leur que vous êtes là pour les aider et pas les enfoncer. Je m’entends super bien avec certains élèves et certaines classes et ça rend vraiment le travail plus agréable.

Bien sûr, vous aurez le droit à des pépites et parfois c’est drôle. L’autre jour, je travaillais avec la classe de S4 que j’adore et un élève a prononcé « beaucoup » comme « beau cul ». Je leur ai expliqué que s’il prononçait ce mot comme ça en France, la situation pouvait être gênante. Ils ont explosé de rire et au moins, je suis sûre qu’ils s’en souviendront. Un autre m’a dit qu’il jouait « du cornichon » au lieu de « cornemuse ». Le plus important, c’est vraiment de créer une ambiance détendue et une relation de confiance. 

  • Autres rôles

On demande aussi souvent aux assistants de faire une présentation sur la ville d’où ils viennent, comment on fête Noël en France, comment fonctionne le système scolaire, etc. Mais votre but premier, c’est de faire parler un maximum les élèves dans votre langue. Il faut qu’ils vous entendent parler et qu’ils parlent, c’est le plus important.

Selon l’école où vous êtes, vous pouvez accompagner des voyages scolaires. Mais aussi participer à des French Day dans d’autres écoles, accompagner des groupes pour les échanges. Bref, votre rôle est multiple et c’est ça qui est intéressant. Ça fait des super expériences et ça peut faire bien sur un CV pour votre avenir professionnel.

Cependant, vous n’êtes pas là pour faire la police. Il peut y avoir des problèmes de comportement de temps en temps. Surtout au début, ils essayent de vous tester. Ça n’a jamais été méchant, mais ça peut rigoler pendant que vous parler. Ils bavardent souvent et ça essaye d’être drôle en répétant « oui oui, baguette » toutes les deux secondes. Attendez vous à des réflexions sur les escargots et le fromage. En soi, rien de dramatique et un rappel à l’ordre suffit. Si ce n’est pas le cas, je les renvoie en classe et le professeur prend le relai. Vous n’êtes pas là pour gérer ce genre de problème.

  • Réflexion sur notre langue maternelle

On parle beaucoup français, il faut le savoir. Après tout, on est là pour ça. Cependant, on parle aussi beaucoup la langue du pays pour traduire ou expliquer certaines choses. C’est même parfois plus simple de leur expliquer les règles du jeu directement en anglais, mais essayez de parler votre langue le plus possible. Je mets un point d’honneur à d’abord parler français et traduire en anglais ensuite.

On y pense pas forcément, mais on apprend beaucoup quand on enseigne sa propre langue. J’ai appris des règles dont j’ignorais l’existence. En tant que français, on l’a appris tout petit, donc on ne réfléchit pas au pourquoi. On voit donc notre langue et notre culture d’une façon différente.

Et puis, on apprend des choses aussi avec les élèves. Ils m’ont appris énormément de vocabulaire et de mots écossais. J’ai découvert plein de choses sur la culture écossais grâce à eux également. On enseigne, mais il ne faut pas oublier qu’on peut apprendre aussi.

  • Ce que ça m’a apporté

J’ai fait de très belles rencontres. Je sais que je continuerai de voir certaines personnes si je reste à Édimbourg l’année prochaine. Je sais aussi que je resterai en contact avec certain(e)s assistant(e)s.

J’ai fait de gros progrès en anglais. Je parle anglais tous les jours et j’apprends des mots tous les jours. Mon accent s’est énormément amélioré à force de regarder la télévision en anglais et d’entendre de l’anglais autour de moi H24. Mais surtout, je me sens plus confiante quand je parle dans cette langue. Parfois, il faut se lancer et faire ce qui nous effraie, on en tire de bonnes choses. Je ne me sens plus paniquée à l’idée de passer la soirée à parler en anglais.

Bon, je ne comprends pas encore tous les chauffeurs de bus et taxi, mais j’y travaille encore. D’ailleurs, si vous hésitez à partir en Écosse à cause de l’accent, on s’y fait vite et on prend même vite l’accent et les tics de langage (lassie et wee font désormais partie intégrante de mon vocabulaire). Ce qui est super en Écosse, c’est que personne ne juge votre anglais. Et encore moins votre tenue vestimentaire. En fait, les gens ne vous jugent pas en Écosse, sur rien (prends des notes la France). Donc on est vraiment dans un bon état d’esprit pour oser et apprendre.

Une expérience professionnelle de très grande valeur. Désormais, je connais le système scolaire écossais. Je sais comment est enseigné le français dans une école privée. Ça m’a donné confiance en moi. Je sais que cette expérience me sera très utile en PGDE l’année prochaine (un article sur ça arrive bientôt, j’ai mon interview demain). Cela m’a également confortée dans mon choix de devenir professeur de français à l’étranger et non pas professeur d’anglais en France. Si vous envisagez une carrière dans l’enseignement, ça peut être très utile.

Ça permet aussi de voir l’éducation d’un oeil nouveau et pas seulement à travers le prisme de la France. En Écosse, l’éducation est différente. Elle est basée sur le positif et les choses à améliorer, plutôt que de pointer du doigt les erreurs. Le système se veut également inclusif en acceptant tous les élèves avec leurs différences. Ça nous pousse également à réfléchir sur le rôle que le professeur occupe. Quel est l’intérêt d’apprendre une langue étrangère ? Comment enseigner une langue étrangère aux jeunes d’aujourd’hui ?

En conclusion, je conseille fortement cette expérience. Ça permet de vivre à l’étranger pendant un an en ayant un salaire. Vous ne travaillez qu’une dizaine d’heures par semaine donc vous avez le temps de profiter et voyager. Vous rencontrez des gens et vous découvrez une autre culture. Je ne vois que du positif après 5 mois. Quoi que… peut-être que la gastronomie française me manque un peu. Heureusement, maman m’envoie des colis.

Si vous avez des questions concernant le CIEP, la vie en Écosse, le PGDE, ou autre, n’hésitez surtout pas.

Ça vous tenterez d’être assistant de langue à l’étranger, vous ?

 

 

 

4 Comments

  • Maëva

    Hello, je suis tombée sur ton profil Instagram par hasard et j’ai découvert une pépite! Je partage le même amour que toi pour l’Écosse et plus particulièrement pour Édimbourg. Je suis étudiante en LLCE anglais et je pensais faire une pause après la L3 pour réfléchir au master vers lequel je souhaitais me tourner, grâce à cet article je pense avoir trouvé une possible solution! Je ne connaissais pas du tout l’existence du CIEP et je pense que ça pourrait être une bonne expérience! En tout cas je compte lire le reste de tes articles durant le confinement, merci beaucoup pour tous tes partages et infos, continues comme ça!

    • Mae

      Salut ! Merci pour ce petit mot adorable, tu as fait ma journée !
      Franchement, si tu peux, fais le, c’est une super expérience. Tu rencontres plein de gens, tu voyages et tu te fais une expérience pro au passage. Si tu as des questions ou quoi, n’hésite pas. Je suis vraiment contente de t’avoir découvrir le programme 🙂
      Mille mercis !

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